Chantier Hyundai, le plus grand chantier maritime du monde. - Photo Plisson

Chantier Hyundai, le plus grand chantier maritime du monde.

Chaque semaine, un nouveau cargo naît dans la ville d'Ulsan, en Corée du Sud, et s'éloigne, comme ses aînés, sur la mer du Japon. Ces navires tous neufs qui prennent la mer les uns derrière les autres feraient presque croire à une génération spontanée. À Ulsan, les tours dortoirs se confondent avec les châteaux des bateaux, et les nuits sont illuminées par de puissants projecteurs.
On ne sait plus où s'arrête le chantier naval, ni d'ailleurs s'il s'arrête vraiment. Les ouvriers vivent pour, par et presque dans le chantier. Car il faut de la main-d'oeuvre pour honorer le carnet de commandes du plus grand chantier naval du monde, Hyundai Heavy Industries (HHI), qui livre plus d'un navire par semaine. Sur l'ensemble du site, on compte simultanément jusqu'à 15 bateaux de plus de 300 mètres en cours de construction, de finition ou de livraison : pétroliers, gaziers et porte-conteneurs géants...

Au détour d'une cale, on voit passer un bulbe ou une hélice immenses. Ailleurs, un moteur grand comme une maison, doté de 93 000 CV, attend sous son hangar, tandis qu'une passerelle de quelques centaines de tonnes traverse le ciel, suspendue à un portique. Toutes les parties du bateau sont intégralement fabriquées et assemblées sur place. Il entre de l'acier sur le chantier, il en ressort un cargo. Fait remarquable, le chantier ne fabrique pas de paquebots.
C'est l'Europe, restée au rang de premier constructeur naval jusqu'en 1970 avant de se faire devancer par le Japon puis la Corée, qui s'est spécialisée dans la construction de ces navires à forte valeur ajoutée pour maintenir son activité, tandis que les pays asiatiques fondaient leur essor sur les vraquiers et les pétroliers. Mais la Chine se met à concurrencer les marchés japonais et coréens. Ces deux pays se tournent donc à leur tour vers la construction de navires à forte valeur, contraignant encore davantage l'Europe qui avait pu jusqu'à présent se réserver ce marché.

Texte : Anne Jankeliowitch