Porte-conteneurs, la démesure - Photo Plisson

Porte-conteneurs, la démesure

Sur la route des porte-conteneurs, les ports se succèdent : le Havre 2000, Miami, le canal de Panama, San Francisco, Ulsan (Corée du sud), Shanghai, Hong-Kong, le Canal de Suez, Malte, le Pirée, Marseille... Manutention, stockage, transport, tout est mondialement standardisé pour ces « boîtes » que l'on retrouve sur les trains ou les remorques des camions, et qui ont révolutionné le transport maritime. Mais depuis que la Chine est devenue l'atelier du monde, la ronde des porte-conteneurs autour de la planète s'emballe. L'Asie importe ainsi des matières premières transportées par vraquiers et exporte des biens manufacturés acheminés par des porte-conteneurs vers l'ensemble de la planète. Avec plus de 20 millions de boîtes, le port de Hong Kong est ainsi le premier au monde pour le trafic de conteneurs. Pour s'adapter à cette croissance, le port recourt déjà à des terminaux flottants, ancrés dans la zone de mouillage, sur lesquels les conteneurs sont manutentionnés, entreposés puis transbordés.

La démesure semble d'ailleurs affecter tous les aspects des porte-conteneurs. Tout est hors norme dans leur univers, de la salle des machines, à bord, aux aires de stockage des conteneurs, à terre, en passant par le pont, où les conteneurs sont empilés sur 15 à 20 niveaux. Parmi les plus grands du monde, le porte-conteneurs géant Otello de l'armement français CMA-CGM, mastodonte de plus de 300 mètres de long, 40 mètres de large et 14 mètres de tirant d'eau, transporte 8 500 boîtes.

Ces bateaux surdimensionnés nécessitent des ports adaptés, souvent situés loin des villes. À Shanghai par exemple, le port est à 1h30 en voiture de la ville. Pour les équipages, cela rend les escales peu intéressantes. Mais peu importe : les arrêts doivent être le plus courts possible, car c'est à quai qu'un navire coûte le plus cher. Aujourd'hui, 90 % des échanges internationaux de marchandises empruntent la voie maritime. La flotte mondiale compte 50 navires de plus de 7 500 conteneurs, et 165 sont en construction. La course au gigantisme des porte-conteneurs répond à la croissance mondiale du transport maritime : de 2 000 boîtes dans les années 1970, la capacité moyenne est passée à 6 000, et les cargos de 10 000 ou 12 000 boîtes pointent leur étrave à l'horizon…. Mais au-delà de 10 000 conteneurs, une lourde réorganisation des infrastructures portuaires mondiales s'avèrera probablement nécessaire : il faudra élargir les grues, augmenter la profondeur des bassins... Déjà, partout dans le monde, on construit de nouveaux aménagements plus adaptés pour accueillir ces géants des mers.

Texte : Anne Jankeliowitch