De Dunkerque à la Baie de Somme - Photo Plisson

De Dunkerque à la Baie de Somme

Inventaire

« Sera réputé bord et rivage de la mer tout ce qu'elle couvre et découvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusques où le grand flot de mars se peut étendre sur les grèves… »
Ordonnance de Colbert, 1681.

En l'espace de quelques siècles, la perception du littoral a radicalement changé. Ainsi, jusqu'à la fin du xviiie siècle, alors même que le mot « littoral » n'existe pas – on lui préfère alors celui de « rivage », signifiant ainsi que celui-ci est avant tout « le bord de la mer ».
Le rivage a une image répulsive, comme le rappelle Yves Luginbülh, il « est un lieu d'horreur, c'est le lieu du déluge, le contraire du calme et de la tranquillité, c'est le bord du gouffre, des abysses, c'est le lieu des apparitions des monstres de la mer, c'est le lieu du rejet des excréments de la mer, le lieu des rapts, des pirates, c'est le lieu de l'antihygiénisme qui se manifeste à travers les récits des marins dans le mal de mer, les épidémies dans les navires. »
L’ordonnance de Colbert énonce également ce que l'on peut considérer comme le premier principe d'inconstructibilité du rivage : « Faisons défense à toutes personnes de bâtir sur les rivages de la mer, d'y planter aucun pieu, ni faire aucun ouvrage, qui puissent porter préjudice à la navigation à peine de démolition des ouvrages, de confiscation des matériaux et d'amende arbitraire. »

Les Peintres de la Marine ont leurs lettres de noblesse. Ils les doivent à Joseph Vernet qui, par son œuvre, Les Vues des ports de France, éclaire le xviiie siècle et pas le moindre, celui des Lumières. Adoubé par Louis XV, douze ans durant, de 1753 à 1765, il parcourt le trait de côte et, à ce titre, il est fait Peintre des Marines de Sa Majesté. Deux cent cinquante ans après Vernet, et dans la lignée de ses émules, fort de mon statut de Peintre de la Marine, je me suis embarqué pour une œuvre au long cours qui me conduira, à la vitesse d’un randonneur, depuis les côtes flamandes jusqu’à la Riviera italienne. Un véritable inventaire de notre patrimoine maritime, magnifié sous la plume de mon ami Patrick Mahé.
J’ai suivi scrupuleusement un découpage dicté par un spécialiste des archives du littoral, le géologue Arnaud Guérin. Sans pouvoir systématiquement tenir compte des conditions météorologiques, mais en privilégiant l’illustration, afin de témoigner des trésors insoupçonnés comme des erreurs humaines.
Je ne me suis jamais contenté de parler de la mer et de refaire le monde sur un planisphère, aussi écologiste soit-il. Je la sillonne de vagues en marées, pour la montrer telle qu’elle est et non telle qu’on rêverait qu’elle soit.

Photographiquement vôtre.

Philip Plisson