Jangadas do Brazil - Photo Plisson

Jangadas do Brazil

Au pied des buildings de Fortaleza, au nord-est du Brésil, la mer se pare de quelques pittoresques jangadas. Indissociables du littoral de l'état du Ceará, les jangadas des pêcheurs du Nordeste brésilien, embarcations traditionnelles à voiles triangulaires, paraissent échappées d'une autre époque. Elles existaient en effet bien avant la colonisation portugaise du début du XVIe siècle, mais leur règne n'a rien de révolu. Grâce à leurs qualités marines exceptionnelles, les jangadas ont traversé les âges. La coque, jadis en rondins de bois liés, est aujourd'hui constituée de planches en forme, mais c'est là la seule modernisation. Le gréement et la manœuvre n'ont pas changé au fil des siècles. Sur la coque, si plate que les vagues la submergent en permanence, sont installés deux bancs : l'un sert de support au mât enfilé dans la voile triangulaire, l'autre sert de siège au barreur installé à l'arrière. Entre les deux, une fente permet de glisser la dérive.

Occasionnellement, la jangada peut aussi servir de tente pour un bivouac sur la plage (on s'y protège du vent et du soleil), ou de jeu, à tout âge, dans sa version miniaturisée étonnement fidèle à l'original. En dépit de leur aspect rudimentaire, les jangadas sont lestes et véloces. Les réglages du creux de voile et de la tension sur le point d'amure sont aussi finement étudiés que ceux des voiliers modernes. Et lorsque les équipiers mouillent la voile, c'est pour refermer les fibres et la rendre plus plate, donc plus performante, dans l'alizé musclé du Céara.

Aujourd'hui, les jangadas continuent à faire vivre environ 30 000 familles. Les jangadeiros, à la fois marins, pêcheurs et charpentiers, partent dès l'aube vers le large, pour revenir en fin d'après-midi. Mais certains disparaissent derrière l'horizon et s'éloignent sans crainte à une centaine de milles de la côte durant plusieurs jours, bravant parfois de violentes tempêtes à bord de leurs radeaux précaires... Loin d'être mus par l'inconscience, les mestres (skippers de jangadas) se fient au contraire à une connaissance hauturière, un flair marin et un savoir nautique uniques qui se transmettent au fil des siècles et de l'histoire des jangadas.

Texte : Anne Jankeliowitch