De Soulac à Capbreton - Photo Plisson

De Soulac à Capbreton

« Sera réputé bord et rivage de la mer tout ce qu’elle couvre et découvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusques où le grand flot de mars se peut étendre sur les grèves... »

Ordonnance de Colbert, 1681

« La France est une grande nation maritime qui s’ignore », déclarait en 2011 notre ministre de l’Écologie. Serait-ce enfin une prise de conscience de nos politiques et de nos administrations sur notre maritimité* ? La France est un pays entouré de quatre mers, possède le trait de côte le plus long d’Europe, est le deuxième espace maritime au monde et la seule nation européenne à être présente sur tous les océans.

En ce début de siècle, saluons des initiatives sans précédent découlant directement du Grenelle de la Mer 2009. L’organisation des journées de la mer, tous les ans, grâce à un appel à projets auprès des établissements publics à vocation maritime et scolaire, des professionnels de la mer et des entreprises afin de présenter leurs métiers, et de partager leur passion, auprès du grand public.

L’application à tout le territoire de la réforme portuaire, qui concerne les ex-ports autonomes, transformés en grands ports maritimes dans le cadre de la loi 2008. Cette réforme permettrait peut-être à la France de reprendre son rang sur les grandes places portuaires après tant d’années de conflits et de grèves.

L’ouverture d’une autoroute de la mer Nantes-Gijón qui permettra de soulager le trafic entre le nord et le sud de l’Europe. La création du Centre français des gardes-côtes, qui va enfin tenter de mutualiser les moyens humains et matériels des six administrations coordonnant aujourd’hui l’action de l’État en mer.

L’instauration d’un Conseil national de la mer et des littoraux (ancien Conseil natio- nal du littoral) qui définit les objectifs et précise les actions qu’il juge nécessaires pour l’aménagement, la protection et la mise en valeur de la mer et des littoraux. « La mer ne saurait être complète sans son littoral, son port d’attache en quelque sorte. Au croisement des intérêts urbanistiques, économiques, touristiques et éco- logiques, le littoral subit des pressions qui contribuent à son érosion. La protection du littoral est devenue un enjeu de développement » (Grenelle 2).

Deux cent cinquante ans après Vernet, et dans la lignée de ses émules, fort de mon statut de Peintre de la Marine, je me suis embarqué pour une œuvre au long cours qui m’a conduit, à la vitesse d’un randonneur, depuis les côtes flamandes jusqu’à la Riviera italienne. Un véritable inventaire de notre patrimoine maritime, qui ne tient pas compte des conditions météorologiques, mais en privilégie l’illustration, afin de témoigner des trésors insoupçonnés comme des erreurs humaines.

Après avoir approché et détaillé de près notre trait de côte, je peux affirmer que nous vivons dans un pays riche, organisé pour satisfaire ses besoins de mer. Riche pour s’offrir autant de villas, de maisons ou d’appartements fermés dix mois sur douze et des ports de plaisance pleins « comme des œufs », alors qu’il manquerait encore plus de 50 000 places pour des bateaux qui naviguent en moyenne 38 heures par an...

Je ne me suis jamais contenté de parler de la mer et de refaire le monde sur un pla- nisphère, aussi écologiste soit-il. Je la sillonne de vagues en marées, pour la montrer telle qu’elle est et non telle qu’on rêverait qu’elle soit.

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